Iconographie de Salomé.

Iconographie de Salomé. 2 Le Baroque

1 de outubro, 2017 0 Por Artes & contextos
Modo Noturno
 L’acmé d’une érotisme sensuel, sadique et cruel
The influence of Caravaggio

Salomé, un personnage, un thème iconographique qui traverse le temps, la 1re partie traitait du Moyen-Âge et de la Renaissance, en voici la suite consacrée au Baroque. Une approche sélective et riche d’un corpus vaste sur un sujet qui a déclenché les passions et suscité les imaginaires.

 

Changement complet d’esthétique au tournant des XVIe -XVIIe siècles avec Michelangelo Merisi da Caravaggio dit Le Caravage (1573-1610) : dénuement dans les costumes et décors minimaliste, mais effet théâtral porté au paroxysme, en particulier par la technique du clair-obscur ( Salomé 1607 et 1609). Dans sa Décollation de Jean Baptiste (1608) l’artiste s’est peint en martyr, et c’est de sa carotide que gicle le sang sur la signature du tableau. Pas de codes ni de symboles à déchiffrer, seule l’action compte, et le spectateur la ressent comme s’il y était. Cet art du mouvement et de l’émotion violente fixés comme dans un instantané photographique est contemporain de la naissance de l’opéra, et annonce déjà le giallo du cinéma italien des années 1960.

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Salomé offre la tête de Saint Jean Baptiste.Giovanni Andréa Ansaldo (1584-1638). Palazzo Bianco o Palazzo Doria Brignole – Musei di Strada Nuova. Genova

Reprenant le thème de la vengeance d’Hérodiade, Andrea Ansaldo donne une vision saisissante de cette femme redoutable empoignant la chevelure du décapité et, le bras droit haut lever, s’apprêtant à lui planter une lame de couteau d’au moins 20cm dans la tête (circa 1620. Un tableau de Giovanni Francesco Guerrieri montre la même scène, avec une dague encore plus longue, et Salomé affolée (circa 1650).

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Salomé avec la tête de Saint Jean Baptiste (1610-1615). Artemisia Gentileschi (1593-1653). Huile sur toile 84×92 cm. Musée des Beaux-Arts, Budapest.

Redevable du Caravage, mais toujours prête à se venger des hommes, la famosissima pittrice Artemisia Gentileschi fait son autoportrait en Salomé, comme elle l’avait déjà fait pour Judith décapitant Holopherne(1612 et 1620), et Jaël plantant un pieu dans la tête de Sisera (1620). La représentation de la nudité masculine, en l’occurence celle de l’homme décapitant Jean-Baptiste, est une autre révolution caravagesque. Le clair-obscur souligne le relief de la musculature avec une précision anatomique. Dans un décor de prison, Massino Stanzione fait se côtoyer un bourreau presque nu et une élégante Salomé BCBG, dont on retrouvera le joli visage dans ses Judith et Sainte Agnès(c 1640) ; la même opposition est présente dans La Décollation de Saint Jean Baptiste de Martin Faber (1616),

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La Décollation de Saint Jean Baptiste(1616). Martin Faber. Huile sur toile. 215 x 145 cm Dépôt de la Ville de Beauvallon, 1980. © Musée de Valence, photo Éric Caillet

où Salomé rougissante porte une curieuse jupe très longue aux reflets métalliques. La vieille légende de Salomé amoureuse du Baptiste resurgit avec Le Guerchin (Saint Jean Baptiste en prison visité par Salomé, c1619). Parmi les nombreux tableaux de cette époque où l’expressif supplante le décoratif, il faut connaître ceux de Francisco del Cairo, dont l’extase orgasmique des Hérodiade (1625-1635) préfigure certaines mises en scènes moderne de l’opéra de Richard Strauss. L’influence de Caravage se fera sentir dans toute l’Europe et se maintiendra pendant près d’un siècle ; le hollandais Godfried Schalcken, un autre maître du clair-obscur, produit en 1700 un des derniers tableaux de l’ère baroque consacrés à Salomé, où le bourreau a d’ailleurs les traits du Caravage ; la petite touche d’érotisme est donnée par le dessin des mamelons pointant sous la robe de la toute jeune-fille.

(La publication originale à Wakali nous montre 16 œuvres d’autres peintres sur le sujet)

Malgré cette révolution insufflée par Le Caravage, certains peintres sont restés dans l’héritage de la Renaissance, par une composition traditionnelle, comme les Hérodiade de Simon Vouet et de son élève Claude Mellan ( de 1620 à 1650), des décors inspirés de l’Antiquité, ou la survivance d’un style maniériste. Parée de vêtements de plus en plus riches, de fourrure d’hermine, de panaches, de bijoux et de perles(1), Salomé retrouve la noblesse de son rang, et même l’évidence de son statut de princesse dans la Banquet d’Hérode de Bartholomeus Strobel, manièriste tardif du Nord (1640), où elle figure avec une couronne, une abondance de bijoux et une robe somptueuse, mais le visage impassible et les seins nus (voir illustration dans l’ article précédent). Avec moins de pompe, les peintres su Siècle d’or hollandais ont également illustré Salomé, Rubens (Salomé avec la tête de Jean Baptiste, 1609) ; Le Banquet d’Hérode, 1633), Carel Fabritius ( La Décollation de Jean Baptiste, 1640)…

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Salomé apportant la tête de saint Jean Baptiste à sa mère. Govaert Flinck (1615-1660). ©Musée des Beaux Arts de Chartres

Spécialistes des scènes de genre, certains ne manquent pas d’ajouter quelques détails savoureux lorsqu’ils abordent ce sujet biblique : Govaert Flinck, avec son Hérodiade ridée et presbyte inspectant la tête de Jean à travers ses bésicles ( Salomé apportant la tête de saint Jean Baptiste à sa mère), Jacob Duck, avec un étonnant bourreau frère jumeau du beauf’ de Cabu ( Salomé avec la tête de saint Jean Baptiste), et Hans Horions, dont la Salomé lance la jambe en avant comme de nos jours une militaire nord-coréenne ( Salomé dansant devant Hérode-, tous trois au milieu du XVIIe siècle.

Dernière curiosité, mais peut-être plus significative, le français Jacques Stella peint en 1637 un tableau où Hérodiade et Salomé apparaissent en soeurs jumelles : taille, visage, coiffure, habits, épaule et sein dénudés, blancheur de peau, tout est identique. Cette confusion des deux personnages pourrait être la première étape vers le retour à l’anonymat de la« fille d’Hérodiade », prélude à son effacement au XVIIIe siècle.

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